| GTA IV |
| Écrit par Thomas PALPANT |
| Dimanche, 04 Mai 2008 09:09 |
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Sur tous les écrans, sur tous les murs, sur toutes les lèvres. L’omniprésence médiatique de GTA IV, appuyée par une machinerie marketing hors normes, est à l’image du jeu lui-même. Démesurée. Parce que la production de Rockstar North est l’héritière d’une trilogie à succès qui a fait chavirer la sphère ludique, et provoque encore aujourd’hui les foudres des bien-pensants. Parce qu’à elle seule, elle fait saliver de convoitise le premier éditeur mondial, empêtré dans une OPA à l’issue incertaine. Parce qu’elle est l’épicentre de la lutte sans merci que se livrent deux constructeurs pour imposer leur plateforme sur les terres occidentales. Pour tout cela, l’arrivée printanière de GTA IV est sans doute l’événement de l’année. Mais lorsque le bouche à oreille fera silence, lorsque les ventes retomberont, il ne restera qu’un jeu, qui aura marqué de son emprunte le patrimoine des jeux vidéo, ou l’aura seulement effleuré, pour finir oublié. Hors de toute euphorie médiatico-ludique, intéressons-nous avec attention à ce que ce Grand Theft Auto nouvelle génération a dans le ventre.
C’est à travers le regard de Niko Bellic, ébahi par le gigantisme des buildings de Liberty City, que débute cette nouvelle aventure. Une intro qui ressemble d’ailleurs de manière troublante à l’arrivée de Ryo en Chine, au début de Shenmue II (le réveil de Niko après avoir fait un somme n’est-il pas un autre clin d’œil à l’épopée de SEGA?). Fraîchement débarqué de Serbie, notre héros vient goûter au rêve américain promis par son cousin Roman, lequel lui fait miroiter depuis des mois sa réussite modèle, pavée de voitures de luxe et de jolies femmes. C’est pourtant à mille lieues des beaux quartiers, dans un appartement un peu miteux, que le facétieux Roman conduit son parent. Celui-ci comprend bien vite que l’énergumène a légèrement enjolivé la situation. Un brin looser, flambeur à ses heures perdues, et baratineur confirmé, le serial-menteur est qui plus est plongé jusqu’au cou dans des galères de toutes sortes, qui vont bien vite l’amener à solliciter son cousin. Ca tombe plutôt bien, Niko est de ceux qui savent régler une situation de manière expéditive. Traînant un passé trouble, entâché par le sang, il n’en est pas moins un homme dévoué, prêt à tout pour sortir ses amis des pires ennuis. De fil en aiguille, le héros sera amené à rencontrer quelques figures de la pègre locale, qui l’impliqueront crescendo dans de bien sombres affaires.
Le travail d'orfèvre sur la modélisation de Liberty City laisse pantois. Ici, Broadway.
Plein les yeux
Les premiers pas dans les ruelles encombrées de Liberty City sont l’occasion de dresser un premier constat, presque évident. La réalisation de GTA IV est impressionnante. La nouvelle génération a enfin donné à Rockstar les moyens de sortir la série de son désœuvrement technique, et un cap est réellement franchi. À commencer par les animations de Niko, juste bluffantes de réalisme. Le héros marche, court, enjambe, saute, et interagit avec le décor d’une manière totalement naturelle, à tel point qu’on le comparerait presque, et c’est plutôt flatteur, au virevoltant Altair, d’Assassin’s Creed. Et que dire de cette Liberty City new touch, reproduction grisante de la Big Apple, dont l’immensité et la profusion de détails donnent le vertige. D’autant que la cité virtuelle grouille de passants, de véhicules, de vie, et dégage une vraie atmosphère, incroyablement immersive. Le tout s’affiche en streaming, sans aucun temps de chargement entre les différentes zones principales, y compris lorsque l’on pénètre dans les magasins, ou appartements (sauf quelques exceptions). Jamais une cité n’aura été aussi gigantesque et travaillée que dans ce GTA, à tel point qu’il faudrait des dizaines heures pour en explorer les moindres recoins. À l’écran, le travail sur les textures et les jeux d’ombre et de lumière donne un cachet très réaliste aux environnements, et on prend vraiment beaucoup de plaisir à rouler sa bosse dans chacun des différents quartiers. Le framerate par contre n’étale pas une parfaite fluidité, mais c’est le prix à payer pour afficher des environnements sans loadings, et aussi détaillés. On se dit que Rockstar a quand même trouvé là un excellent compromis, qui ne nuit en rien au confort de jeu.
Le réalisme affiché par Liberty City prévaut également dans la conduite des véhicules, qui bénéficient d’une physique remarquable, et d’une gestion des collisions et des dégâts très poussée. Sans atteindre les froissements de tôle d’un Burnout Paradise, on peut dire que les accrochages, qui sont monnaie courante, sont loin d’être fantaisistes. De prime abord, le transfert de masses et la mollesse extrême des suspensions surprennent, avec des voitures un peu pataudes, qui penchent vraiment dans les virages. De même les freins moyennement efficaces, et la « lourdeur » des véhicules, déconcerteront lors des premières virées urbaines. Mais avec un peu de pratique, le pilotage s’affine, et apparait très bien calibré. Et il valait mieux que cet aspect du jeu donne satisfaction, vu les centaines, voire milliers de miles qu’il faudra parcourir entre et au cours des missions. La radio (nombreuses stations et styles), et les conversations, bien difficiles à suivre tout en conduisant, rendront les trajets plus agréables. Pour ne pas devenir fou, dans cet enchevêtrement de rues et d’avenues, le traditionnel radar a été grandement amélioré. Il est désormais pourvu d’un GPS, simplissime à utiliser, et qui se révèlera vite indispensable pour se rendre rapidement d’un point A à un point B. Il donne la possibilité de fixer une destination, et l’appareil tracera l’itinéraire logique pour atteindre la zone d’arrivée. Un code couleur aide d’ailleurs à différencier les trajets liés aux missions, et ceux choisis par le joueur. La carte, très sobre, affiche les symboles de rigueur, et apparaît fort heureusement moins confuse que celle de San Andreas. Le GPS n’est bien évidemment pas l’unique nouveauté intéressante de ce quatrième épisode. Pour ses trajets, Niko pourra héler un taxi, ou faire appel à Roman, qui lui enverra une voiture. Il pourra aussi prendre le métro, qui comporte de nombreuses stations, et donne l’occasion, outre les trajets en hélico, d’admirer les atours de Liberty City, grâce à différentes caméras embarquées.
Dans GTA IV, on passe son temps à : rouler, ouvrir le feu, et... téléphoner.
Connecting People
Dans l’air du temps, ce GTA exploite à fond les outils de communication modernes, histoire de pousser plus loin l’interactivité, et casser le schéma classique rencontre / mission. Niko aura fréquemment l’occasion d’utiliser un embryon d’Internet pour vérifier des informations, trouver une copine sur les sites de rencontre, ou consulter ses mails. Il pourra aussi passer au peigne fin les fichiers informatiques de la police de Liberty City, pour retrouver les quelques ennemis publics en circulation, à partir de noms ou de photos. Mais surtout, Niko pourra compter sur son téléphone portable, élément central de ce nouvel opus. Diablement bien conçu, il permet de communiquer à tout moment avec ses contacts, vocalement ou par le biais des sms (il est toutefois impossible d’en envoyer), soit pour recevoir des ordres ou des informations en rapport avec les missions, soit dans une pure optique relationnelle. Loin des séances de parlote un peu simplistes de Vice City ou San Andreas, le portable apporte du rythme aux parties, et donne l’occasion de jouer à fond la carte du réseau (avec quelques avantages à la clé, une fois que les amitiés sont solides). Pour sortir boire un coup avec sa douce, courir les boîtes de strip tease avec Roman, ou se lancer dans des courses nocturnes avec Brucie, il suffira d’un coup de fil, à supposer que l’intéressé(e) soit disponible à ce moment-là. Ce ne sont bien sûr que quelques exemples de tout ce qu’il est possible d’accomplir dans ce GTA. Les à-côtés sont comme de coutume innombrables, et la sensation de liberté, de pouvoir faire tout et n’importe quoi, est toujours présente. On peut passer des heures à faire le kéké dans sa Banshee, flâner en hélico d’une île à l’autre, faire un bowling, dévaliser les boutiques chic de l’Algonquin, regarder la télévision (reproductions d'émissions, de publicités et de séries), explorer Middle Park, défier les forces de police, ou se saouler dans les bars, en étant assuré d’une conduite houleuse au retour. De quoi très largement tuer le temps entre deux missions.
Globalement, pas de gros changements dans la formule archi éprouvée de Grand Theft Auto. Niko se voit confier différentes missions, qui font peu à peu progresser le scénario, et assurent au héros des rentes de plus en plus élevées. Encore une fois, les créateurs ont développé des trésors d’ingéniosité pour proposer des challenges variés, fun et accrocheurs. Du simple vol de voiture, à l’assassinat d’une faction entière, toutes les activités illicites possibles et imaginables seront passées en revue. Enlèvement, meurtre, vol, deals de drogue, courses poursuites, règlements de compte, fuites, braquages... La plupart du temps, pour s’en sortir, il faudra conduire à tout berzingue, beaucoup courir, mais, surtout, jouer de la gâchette comme un as. Et c’est là l’une des grosses réussites de ce GTA nouvelle génération. Le système de visée a été repensé, avec un lock précis, qui permet de switcher facilement d’un adversaire à l’autre, et surtout, un système de couverture dans la lignée des Gears of War et des Mass Effect, pour exploiter au mieux le décor, et s’abriter des salves ennemies. Cerise sur le gâteau, le jeu intègre une localisation des dégâts vraiment précise, un bon point. Grâce à cette refonte, les gunfights ont nettement gagné en réalisme, en dynamisme, et en adrénaline. Et là attention. GTA IV fait goûter à des fusillades réellement anthologiques ; des scènes d’action cultes dont on ressort complètement lessivé, d’avoir dû batailler à un contre vingt. Sans trop spoiler, le braquage de la banque, la libération de Roman, ou les deals de drogues manqués sont à classer parmi les meilleures missions qu’ait jamais proposé un GTA. Et certaines donneront du fil à retordre, obligeant à porter un gilet pare balle, lequel double la vie, et à investir dans un arsenal digne de ce nom, sachant que les meilleures armes ne seront pas accessibles immédiatement. Heureusement, la sauvegarde automatique, et la possibilité de retenter directement une mission ratée évitent les voyages trop fréquents vers les planques. Mais il faudra quoi qu’il en soit systématiquement refaire le parcours vers l’objectif, une contrainte un peu fastidieuse à la longue (si on ne s’aide pas des taxis).
Les missions de GTA IV sont d'excellente facture. Prenantes, et très rythmées.
Le crime ne paie pas
Toutes ces missions laissent progressivement apparaître, par petites touches, une trame principale prenante, qui réserve quelques surprises et rebondissements appréciables. La présence de Niko Bellic à Liberty City, ses relations avec certains des personnages principaux, ses véritables intentions, resteront quelques temps (voire longtemps) dans l’obscurité, donnant envie de connaître le fin mot de l’histoire. Dommage cependant qu’il faille s’acquitter de tant de missions pour faire un tant soit peu progresser l’intrigue. Le scénario de GTA IV ne décolle jamais pleinement, et retombe régulièrement dans la futilité, après une scène clé rondement menée. Dommage. Pourtant, les auteurs de Rockstar ont comme d’habitude fait des merveilles, avec une narration savoureuse, et des dialogues ultra subversifs, qui s’appuient sur des doublages de grande qualité. D’autant que le studio dresse un portrait assez corrosif du rêve américain, et du cosmopolitisme de New York, où les différentes communautés (du moins leur pendant criminel dans Liberty City) se font une guerre incessante. Niko Bellic se veut ainsi, et c’est bien là l’ironie du sort, un symbole de tolérance, qui va collaborer avec des Afro-américains, des russes, des Italiens, ou des Irlandais sans aucune gêne ni distinction, ces derniers l’intégrant également à leur groupe quand l’occasion se présente. Une sympathique approche de la part de Rockstar. Mais au-delà de cette parenthèse socioculturelle, GTA reste cette plongée enivrante au coeur de la criminalité dans tout ce qu’elle a de plus noire et de plus crue. Mis à part que celle-ci s’avère, comme nous vous le laissions entendre dans notre focus, nettement moins parodique que pour les précédents opus. L’humour de San Andreas s’est un peu évaporé, et le second degré est bien moins présent. L’ambiance du titre est plus noire, plus directe. Plus réaliste aussi.
Reste la traditionnelle galerie de protagonistes hauts en couleur qui gravitent autour du héros. Et, de ce côté là, GTA IV respecte à la lettre les préceptes de ses ancêtres. Mention spéciale pour Roman, le gaffeur de service, le rasta Little Jacob, toujours là où on ne l’attend pas, Manny et son caméraman, et Brucie, le fan de musculation frapadingue. Cinglés, parfois psychopathes, et malfrats confirmés, les nombreux personnages secondaires confieront à Niko des tâches ingrates, qui le conduiront parfois à trahir d’anciens alliés, pour en gagner de nouveaux. Cette particularité contraste quelque peu avec les GTA précédents, et on a parfois du mal à saisir ce qui pousse Niko à s’acquitter de telles besognes, hormis pour l’argent, ou pour mener son enquête. Là où Tony Vercetti l’ambitieux était prêt à tout pour conquérir Vice City, et Carl Johnson déterminé à mener une guerre des gangs pour faire main basse sur Los Santos, Niko Bellic se contente de dire oui à tout et à tout le monde, sans vraiment garder le contrôle. Sur certaines missions, on a vraiment l’impression d’être la bonne poire qui se fait balader d’un quartier à un autre, pour accomplir des missions suicides qui ne sont guère dans l’intérêt du héros. D’autant que les commanditaires sont parfois de parfaits neuneus, pas reconnaissants pour un sou, voire même totalement ingrats. Et c’est là l’un des points curieux de GTA IV, qui aurait peut-être mérité un peu plus de cohérence du point de vue de l’agencement des missions. Au niveau des quelques défauts, on pourra également regretter que Rockstar ait fait marche arrière sur un certain nombre de très bonnes idées mises en place sur San Andreas. On pense notamment à la personnalisation très complète du héros (jusqu’à la coiffure), au changement de morphologie en fonction de la nourriture ingurgitée et des exercices physiques, et à l’évolution un tantinet RPG de ses caractéristiques (saut, vitesse, habileté avec les armes, etc…). De même, le fait de repasser d’un état entier dans San Andreas, avec trois cités totalement différentes, des collines, des forêts, des lacs, et un désert, à une seule ville (bien qu’extrêmement vaste et complète) donne l’impression d’une variété bridée, et pèse un peu sur le plaisir de l’exploration. De ce côté-là, San Andreas avait vraiment placé la barre très haut. On pourra aussi remarquer que les développeurs ont eu quelques difficultés à modéliser les visages des personnages, qui manquent cruellement d’expressivité. Enfin, les adversaires souffrent d’une IA un peu faiblarde, et restent le plus souvent plantés sur leurs jambes lors des fusillades, pas vraiment déterminés à échapper à la mort. Néanmoins, ces quelques points sont bien peu de choses, en comparaison de l’immense travail accompli par Rockstar pour doter GTA IV d’une vraie crédibilité, tant au niveau technique que narratif. Et bien sûr, pour conférer à la série, et c’est une première, un vrai mode multijoueur, dans la lignée des mods qui existent déjà depuis quelques années sur la toile.
Brucie, un des personnages les plus fous de toute l'histoire des GTA.
Le multijoueur en toile de fond
Accessible depuis le téléphone portable de Niko, le mode multijoueur en ligne de GTA IV est un exemple de diversité, de flexibilité (tout est paramétrable), et de fun. C’est bien simple, il y en a pour tous les goûts. Courses de bourrins dans Tocard Ace Driver (joli clin d’œil), deathmatch par équipe, coop sur l’assaut du N.O.O.S.E, lutte effrénée entre mafieux et policiers, dans Gendarmes et Voleurs, compétition entre malfrats pour remplir le premier le contrat dans Missions Mafia, mode de jeu libre, pour se balader en toute quiétude (mais pas longtemps) entre potes, vol de voitures dans Car Jack City… La plupart de ces modes se jouent jusqu’à 16 en simultané, et offrent une bonne dose de fun, surtout quand l’aspect coopération entre en ligne de compte. Le fait de devoir s’entraider pour aider son boss à s’échapper, de foncer comme un kamikaze sur ses adversaires à quatre dans une même voiture, toutes mitrailleuse dehors, d’enchaîner les courses poursuite pour parvenir à son objectif, sur une aire de jeu immense et complexe, donnent matière à des dizaines d’heures de jeu bien fandardes, loin des traditionnels FPS où le sérieux est de mise. Qu’importe que les parties virent bien souvent au joyeux bordel, et que les adversaires soient parfois durs à trouver sur l’aire de jeu (merci encore une fois au GPS), les développeurs méritent un coup de chapeau pour ce premier essai, qui augure du meilleur pour le futur de la série.
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GTA IV est bel et bien digne des trois fantastiques épisodes qui l’ont précédé. Rockstar a comme d’habitude fait les choses en (très) grand, livrant sur un plateau une superbe reconstitution de New York ; un terrain de jeu magistral, pour de très nombreuses missions qui ne le sont pas moins. Poussant le réalisme encore plus avant, tant sur le plan technique que narratif, le développeur a fait le pari d’une intrigue plus sérieuse, mais hélas un peu guindée, et qui peine à décoller. Les amoureux de San Andreas regretteront leur paradis rural, et le manque de personnalité de Niko Bellic, trop prompt à se mettre en quatre pour un rien. Néanmoins, GTA IV reste cette expérience de liberté inégalable, et ce délicieux trip subversif dans les tréfonds du crime. Avec en bonus, un multijoueur très riche et amusant, pour prolonger l’expérience. Il n’en fallait pas plus pour faire de ce quatrième Grand Theft Auto l’un des indispensables de cette année.
Test réalisé à partir d'une version Xbox 360.
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| Mise à jour le Dimanche, 04 Mai 2008 13:37 |
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