| Penny Arcade - Épisode 1 |
| Écrit par Thomas PALPANT |
| Lundi, 23 Juin 2008 19:11 |
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Le webcomic de Jery Holkins et Mike Krahulik, Penny Arcade, qui roule sa bosse depuis de nombreuses années sur la toile, fait enfin l’objet d’une adaptation vidéoludique, sur PC et Xbox Live Arcade (1600 points, soit 18€ environ). Pour transposer entre nos petites mimines l’univers acide et déjanté de Tycho et Gabe, les canadiens de Hothead Games se sont livré à un mix atypique et proprement inattendu entre un style visuel et narratif typiquement anglo-saxon et l’épine dorsale des RPG à la japonaise. Récit d’un jeu d’aventure bouillonnant de personnalité.
Ambiance garantie
L’univers et l’ambiance de ce Penny Arcade Adventures - On the Rain-Slick Precipice of Darkness: Episode One (excusez du peu) prennent à la gorge dès l’écran titre. Une habile superposition d’images interactives, pour un effet de relief saisissant, le style BD inimitable de Penny Arcade, et un environnement sonore très travaillé laissent apparaître un titre indubitablement soigné. Le joueur est invité à créer son personnage, avec quelques options de personnalisation sympathiques (à défaut d’être réellement fournies), et une voix-off gutturale plante le décor en deux coups de cuillère à pot. Direction la ville de New Arcadia, en 1922, dans un petit quartier pavillonnaire sans histoire, où notre héros ratisse paisiblement son jardin. Ni une ni deux, voilà qu’un robot géant en balade, sorti de nulle part, réduit d’un pas la maisonnée en charpie. Le géant métallique, sans demander son reste, prend alors la poudre d’escampette. Et voilà notre héros lancé dans une quête improbable, bien décidé à réparer l’effroyable injustice immobilière, et à faire le mystère sur cette apparition paranormale. Il rencontrera bien vite les facétieux Tycho et Gabe, membres d’une agence de détectives, avec qui il passera au peigne fin trois petits quartiers, pour retrouver le Goldorak maléfique.
L'association 3D/Comic fait véritablement des merveilles.
Penny Arcade oblige, le joueur est expédié au beau milieu d’un univers absurde, où chaque personnage rencontré est encore plus débile que le précédent. Et les scénaristes n’y sont pas allés de main morte, avec des dialogues ultra second degré, interactifs (choix multiples), et plein d’humour (pour peu que l’on adhère au style), qui se fondent merveilleusement bien avec le style graphique du comic. Les cut-scènes sont d’ailleurs un modèle de mise en scène, toujours façon BD interactives, et pourront ensuite être vues et revues en passant par le menu vidéo (il y a d’ailleurs un certain nombre de bonus secondaires à grappiller en fouillant les différents décors). Les répliques des personnages, 100% caustiques, et leur répartie désarmante, témoignent d’un gros travail narratif. Cet aspect aidera à faire passer la pilule du scénario, hélas bien maigrichon. À l’image des dialogues, tout est décalé dans Penny Arcade, de l’arsenal du trio, aux personnages secondaires, en passant par le bestiaire qui parsème les quelques niveaux du jeu. Poubelles carnivores, SDF bourrés, robots portés sur la chose, urologues intellos, et dieu mime à tête de poulpe qui danse le twist ( !), bienvenue dans le monde déluré de Penny Arcade. Contre tout attente, ce joyeux bazar passe plutôt bien, habitués que nous sommes à des jeux d’aventure plus "conventionnels", dirons-nous.
Final Fantasy à l'américaine
Mais Penny Arcade ne se résume point à une petite balade gentillette dans un grand n’importe quoi narratif. Pour plier ce premier épisode, il va falloir batailler ferme, contre les mimes, choristes, clowns, et autres alcooliques notoires que comptent les travées de New Arcadia. Le schéma de jeu est plutôt simple. On se déplace dans des environnements fixes, et le jeu bascule en mode combat dès que les héros viennent à se frotter à un ennemi d’un peu trop près. Les développeurs, visiblement séduits par les RPG made in Japan ont introduit un système de combat au tour par tour très complet, accompagné du sacro-saint gain d’expérience par niveaux (plafonnés vers la fin du jeu). On pourra au choix se lancer directement à l’assaut, affaiblir ses ennemis (vitesse, défense), ou bien se renforcer soi-même, pour s’assurer de ne pas trépasser dans la minute. Le facteur temps est doublement primordial dans Penny Arcade. Différentes jauges de temps se remplissent, et il faudra attendre le bon moment pour agir, selon si on opte pour un objet (rapide), si l’on procède à une attaque simple (moyennement rapide), ou un combo (long). Les combos s’exécutent, pour chaque personnage, d’une manière différente, et nécessitent un timing parfait pour fonctionner correctement. Dévastateurs, ils gagnent encore en efficacité au fil de l’aventure, avec deux niveaux supérieurs, plus délicats à effectuer. Les armes peuvent également être customisées par le biais de la sympathique Anne-Claire, en récoltant les pièces de robots vaincus.
Le système de combat à la japonaise est une excellente surprise.
Mais face à des ennemis bien retors, et des attaques traîtres qui explosent facilement la barre de vie, il faudra prendre en compte un aspect fondamental du système de combat. La défense. En gros, il faudra appuyer sur la gâchette au bon moment pour amortir la puissance de l’attaque adverse, voire lancer un joli contre. Une erreur de timing, et le personnage prend alors l’assaut de plein fouet. Après quelques défaites cuisantes aux abords de Hobo Alley, on s’habitude vite à ce système de blocage, gage de survie, même si les attaques des opposants sont parfois bien difficiles à anticiper. A noter que trois personnages de soutien pourront être sollicités, là encore, si la jauge de temps le permet. Si bien que les combats s’avèrent au final très vivants, et plutôt techniques. Pour refaire le plein d’options et de soins curatifs, il faudra inlassablement fouiller les poubelles des ruelles crasseuses de Hobo Alley, ou les allées maritimes de Pelican Bay, sachant qu’il suffira de changer de décor pour que les bonus (et souvent, les ennemis) réapparaissent. Globalement, Penny Arcade n’est pas bien difficile, et son extrême linéarité ne causera pas l’once d’une migraine aux novices des jeux d’aventure.
Impossible sans dico?
En effet, on fait bien vite le tour des deux aires de jeux principales, et le titre oblige constamment à de laborieux allers retours entre les différents quartiers, pour apporter à Anne Claire les pièces à conviction glanées ici et là, transformer ses armes, ou s’enquérir de quelque indice supplémentaire. A part combattre, marcher, et assister à des dialogues sirupeux qui n’ont parfois pas le moindre sens ni intérêt pour la bonne marche de l’aventure, on ne fait pas grand-chose. L’esprit adulte et « vitriolesque » du jeu fera sans doute fuir les quelques jeunes qui auront miraculeusement franchi la barrière implacable de la langue. Le jeu n’étant pas traduit, et compte tenu du vocabulaire des personnages, bien souvent obscur même pour un Harrap’s édition Prestige, les moins entraînés à la langue de Shakespeare se feront harakiri dès les cinq premières minutes. Et quand bien même, l’humour spécial des auteurs de Penny Arcade est loin d’être abordable pour le profane, qui ne parviendra sans doute pas à lire entre les lignes d’un récit décalé, mais non dénué de références. Si la faible durée de vie du jeu (cinq heures environ pour tout découvrir), le manque de consistance de l’intrigue, et sa fin en queue de poisson peuvent faire sourciller, il ne faut pas oublier que l’aventure comptera trois autres épisodes, ce qui devrait clairement booster l’intérêt global du titre, qui devra être (re)considéré dans son ensemble. Peut-être le jeu, conçu d’une traite, aurait-il été plus travaillé, plus ambitieux sur le plan du level design, et surtout moins linéaire. Et le tarif, plus élevé que la plupart des autres softs XLA, serait ainsi mieux passé. L’avenir nous dira si la stratégie de Microsoft et Hothead Games aura été judicieuse.
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Ce Penny Arcade Episode One a tout du RPG ovni. Décalé, drôle, et rafraîchissant, il offre une aventure plutôt prenante, bien servie par un système de combat riche et dynamique. La fine équipe Jery Holkins / Mike Krahulik aura réussi à insuffler une âme à cette première tentative ludique, correctement réalisée, et dotée d’une narration vraiment astucieuse, bien qu’à double tranchant. Subtile et humoristique, elle laissera pourtant sur le carreau de nombreux prétendants, par ses pirouettes bien grasses, et ses tournures de phrases dénuées de sens. On ne saluera évidemment pas l’absence de localisation, qui écartera d’une traite une grande partie du public, et la pauvreté d'ensemble du titre, qui oblige à de fréquents allers retours bien routiniers pour masquer une durée de vie un peu limite. Reste que l’on attend tout de même avec une pointe d'impatience de voir ce que les auteurs et Hothead Games nous réservent pour les trois prochains épisodes de ce RPG bien barré, qui ne sera en tout cas pas passé inaperçu.
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| Mise à jour le Mardi, 24 Juin 2008 22:42 |
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