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BACKSTAGE Les dessous du jeu Nostalgie et jeux vidéo
Nostalgie et jeux vidéo
Écrit par Thomas PALPANT   
Mardi, 01 Avril 2008 15:51

 

 

Mariopixels

 

 

Au fond de cette étagère poussiéreuse trônent des reliques d’un autre âge. Cahiers de texte multicolores légèrement jaunis, jeux de construction rongés par la rouille, tee-shirts LC Waikiki délavés… Et parmi cet amas de vestiges, qui ne conservent guère qu’une valeur sentimentale pour leur propriétaire, trône sans doute le plus grand trésor de la chambrée. Une Nintendo NES. Cette console 8 bits qui a abrité certains chefs d’œuvre de l’époque, comme Super Mario bros, The legend of Zelda, Metroid, ou Metal Gear, dégage une aura quasi christique pour celui qui en a usé les moindres composants. Pourquoi cette console désuète conserve-t-elle pour lui une si grande importance, et lui évoque-t-elle cette cascade de souvenirs enjoués ? N’y aurait-il pas une once de nostalgie dans cet attachement irraisonné ? Portons notre attention un instant sur cet étrange sentiment que l’on vient à éprouver lorsqu’on s’attache à regarder vers le passé.

 

 

Car ces jeux Saturn, qu'ils soient sur les étals d’une boutique familiale ou dans les travées numériques d’ebay, continuent de trouver preneurs. Ces oldies qui chaque semaine enrichissent le catalogue de la console virtuelle de Nintendo, se téléchargent par centaines de milliers. Ces consoles que les rayons des grandes surfaces ont depuis longtemps oubliées, figurent encore sur certaines étagères au côté de la Xbox 360 ou de la PlayStation 3, prêtes à êtres allumées. Plus que le challenge d’exploser le high score d’un bon vieux shoot 2D, ou l’envie de découvrir des titres de prestige, que l’on aurait manqué à leur époque, c’est bien souvent la nostalgie, qui pousse à se replonger dans l’ère des pixels, ou des premiers jeux 3D.

 

 

Bomberman

 

L'euphorie des duels à quatre sur Bomberman : inoubliable.

 

 

Parce que ces jeux-là avaient une part d’insouciance, loin des paquebots financiers d’aujourd’hui. Les studios se lançaient souvent dans des développements un tantinet hasardeux, sans crainte de trouver mauvaise place dans les charts. Puisque tout était à inventer, il fallait oser, tâtonner, prendre des risques. La fièvre créative, heureusement contagieuse, semblait emporter la plupart des scénaristes, game designers, ou développeurs du milieu. Pour le meilleur, et pour le pire, sans doute. À l’époque de Super Mario World, qui aurait pu penser que le plombier moustachu et son destrier Yoshi se lanceraient dans des courses de karts éperdues, entrecoupées de lancers de carapaces? En s’adonnant sur MSX au loufoque et cultissime Parodius, parodiant justement l’emblématique Gradius, s’imaginait-on que sept ans plus tard sortirait le chef d’oeuvre de la Team Andromeda, Panzer Dragoon? Bien avant les frags online de Call of Duty 4, on gouttait au multijoueur jouissif de titres comme Super Probotector, Double Dragon, ou Bomberman. Et les sensations du jeu en coopération étaient déjà là, le petit grain de folie en plus. Si la nostalgie embellit, elle n’altère pas la réalité d’une époque où on pouvait être surpris à chaque instant. Le jeu vidéo était alors en train de se construire, de se forger une histoire, et de consolider ses fondations.

 

 

Ces fondations, ce sont les Pong, les Pac-Man, les Space Invaders, les Super Mario bros, les Wolfenstein 3D, et autres Alone in the dark. Ces titres qui sont plus ou moins à l’origine de genres, de ramifications, et qui ont enfiévré le cœur et les mains de millions de joueurs. La nostalgie pousse à se remémorer certaines sorties événements, qui secouèrent bien plus encore le monde du jeu vidéo que n’a pu le faire l’ultra médiatique Halo 3 l’an dernier. Comme celle de Street Fighter II sur Super Nintendo, adaptation que personne n’aurait pensé si fidèle à la mouture arcade ; ou bien celle de Metal Gear Solid, qui voyait la série gagner une dimension de plus techniquement, mais de nombreuses dans son gameplay et sa narration. Ou celle du fabuleux Final Fantasy VII, et ses cinématiques d’avant-garde, qui démocratisa le RPG en Occident. Ou bien encore celle de Super Mario 64, jeu de plates-formes d’exception qui dompta la 3D comme aucun autre avant lui. De véritables étapes dans l’histoire de cette industrie, qui ont chacune, comme beaucoup d’autres, contribué à porter le jeu vidéo un peu plus haut.

 

 

 

FF VI_VII

 

À l'image des épisodes VI et VII de Final Fantasy, l'ère des consoles 16/32 bits est considérée par beaucoup comme l'âge d'or des jeux vidéo.

 

 

La sphère ludique, à l’époque des Populous et des F-Zero, des Actraiser et des Street of Rage, des ViewPoint et des Mario Paint, semblait alors ne jamais devoir manquer de souffle. Mais son endurance devait-elle durer éternellement ? Non pas que la créativité ait été aujourd’hui annihilée par les impératifs de rentabilité, ni que les développeurs contemporains soient moins talentueux que leurs aînés. Mais tous les genres ou presque ont été explorés, exploités, parfois jusqu’à la saturation. Devenu marché de masse, le jeu vidéo cherche désormais l’efficacité, en se reposant sur quantité de valeurs sûres, qui parlent à une cible la plus élargie possible. Autrefois réservé à une frange de hardcore gamers endurcis, il s’est mué en loisir accessible, à la difficulté gommée pour ne pas rebuter le profane. Si l’arrivée de la 3D en 1994/95 avait provoqué un véritable électrochoc, permettant à la fois de transcender le florilège de licences existantes, et d’en créer d’innombrables nouvelles, l’élan semble s’être considérablement ralenti. Les années 2000 sont-elles le pendant obscur des années 90 ? Certes non, mais la nostalgie, elle, fait parfois dire oui.

 

Ceci dit, il ne faut pas systématiquement incriminer la production ludique moderne pour expliquer les poussées nostalgiques, et la déferlante du retro-gaming. Si le jeu a évolué depuis toutes ces années, le joueur n’est pas non plus resté le même. En grandissant, le jeune gamer a vu son regard, et ses attentes changer. Il ne s’émerveille plus à la moindre occasion, et se lasse rapidement. Le fait d’avoir accumulé les expériences de jeu, et d’avoir exploré nombre de genres, induit forcément un regard plus affûté, qui ne saurait se contenter d’avancées mineures, ou de banalités graphiques. Cette intransigeance vis-à-vis des productions modernes contraste avec l’émoi subjectif des softs d’autrefois, auxquels on pardonnait nombre d’imperfections. La nostalgie se veut ainsi loin de toute rationalité, parce qu’elle signifie bien souvent se replonger dans son enfance, et tout ce qu’elle avait d’agréable. Rebrancher sa Master System, ou sa PlayStation, c’est tenter de recoller avec ces sensations du passé ; d’en retrouver la saveur. Qu’importe que ces quelques pixels n’aient pas fière allure, ou que ces polygones vétustes scintillent de plus belle. Leur aspect vieillot n’est pas dépourvu d’un certain charme, et il arrive que les petites musiques parfois binaires qui les accompagnent véhiculent plus d’émotions que les grandes envolées symphoniques des pointures actuelles. Ils renvoient à une certaine désinvolture, un temps où le jeu vidéo, loin de se prendre au sérieux, ne s’appréhendait avant tout que comme un jeu. Alors on peste quelque peu devant ces œuvres modernes clinquantes, à la dimension cinématographique. Sans son regard d’enfant, il est plus difficile d’en percevoir la magie. Mais peut-être est-ce cela, grandir.

 

 

Mariopixels

 

Mise à jour le Vendredi, 04 Avril 2008 22:45