VERSION BETA1

BACKSTAGE Evénements E3 : Grandeur et décadence
E3 : Grandeur et décadence
Écrit par Thomas PALPANT   
Jeudi, 26 Avril 2007 11:48
 
 
 
e3logo
 
 
 
L'Electronic Entertainment Expo quitte le strass et les paillettes, pour adopter une organisation plus propice au dialogue. Une mue qui soulève nombre d'interrogations. 
 

Sur le calendrier d’un gamer digne de ce nom, le mois de mai est habituellement cerclé de rouge. Une période placée sous le signe de l’Electronic Entertainment Expo, grand messe du jeu vidéo, et point de rencontre de tous les acteurs clés de l’industrie. Créé en 1995 par l’IDSA (Interactive Digital Software Association – syndicat des éditeurs américains), qui souhaitait organiser un salon de grande envergure réservé aux professionnels du secteur, l’E3 s’est immédiatement posé comme une alternative de poids face au CES (Consumer Electronic Show), l’ECTS (European Computer Trade show – disparu en 2004), et surtout au TGS (Tokyo Game show).

 

Rapidement incontournable, le salon californien s’est transformé au fil des ans en un gigantesque événement brassant des dizaines de milliers de visiteurs, et donnant le « la » à la profession. Au travers d’une profusion d’annonces et de présentations chocs, mises en exergue par les sacro-saintes conférences de presse des constructeurs, l’Electronic Entertainment Expo de Los Angeles s’est imposé comme le salon dédié aux jeux vidéo le plus attendu et le plus médiatisé de l’année. Profitant de la superficie colossale du Convention Center, l’E3, au travers de stands toujours plus nombreux et étendus, cherchant le spectaculaire à outrance pour attirer l’œil du chaland, a peu à peu sombré dans la surenchère. Malgré une vitrine médiatique de rêve, les frais d’exposition toujours plus importants engagés par les grands acteurs du secteur ont eu raison d’une formule éculée, concurrencée par des salons à dimension plus humaine, et la montée en puissance d’événements comme celui de la Games Convention de Leipzig.

 

En Août 2006, faisant taire les rumeurs arguant d’une suppression pure et simple de l’E3, le président de l’ESA (Entertainment Software Association) Doug Lowenstein a finalement annoncé une nouvelle formule pour l’édition 2007 :
Le monde du jeu vidéo a changé depuis la création de l’E3 il y a maintenant 12 ans. […] Depuis quelques années, il est devenu évident que nous avions besoin d’un rendez-vous plus intimiste, avec plus de qualité et de dialogue entre les médias, les développeurs, les revendeurs et les autres acteurs de notre industrie“. Persuadé du bien fondé de cette nouvelle organisation, il ajoute : “En combinant des rencontres calmes et agréables dans la configuration offerte par des suites d’hôtels et une présentation typée salon mais dans une ambiance contrôlée et orientée affaires, nous pensons atteindre notre premier objectif qui était de donner aux médias la possibilité de rencontrer à la fois les personnes qui font les jeux pour obtenir des entretiens de qualité et de pouvoir essayer ces mêmes titres dans une ambiance détendue“.

 

Prêt à prendre un nouveau départ, le nouvel E3 est rebaptisé pour l’occasion E3 Media and Business Summit. Il aura lieu du 11 au 13 juillet prochain, à Santa Monica en Californie, et combinera une série de conférences de presse qui se tiendront dans différents hôtels de la ville, et un showcase de 5000m2 (contre 42 000 précédemment pour le Convention Center) au Barker Hangar, où les professionnels pourront découvrir et tester les dernières nouveautés proposées par les éditeurs. Les stands de ces derniers passeront à une surface comprise entre 30 et 150 m2. Les hôtels, situés à proximité les uns des autres, seront en outre desservis par un système de navettes pour faciliter les déplacements. L’exposition « Into the pixel » se tiendra également au cours du salon. Rappelons que cette exhibition récompense chaque année les plus belles œuvres artistiques créées pour un jeu vidéo. En ce qui concerne les conférences de Nintendo, Sony et Microsoft, qui ouvrent traditionnellement le bal dans une ambiance supra électrique, on sait d’ores et déjà qu’elles sont maintenues pour l’édition 2007.

 

Naturellement, l’E3, dont les proportions ont été drastiquement réduites, ne sera plus aussi accessible qu’auparavant. Il faudra montrer patte blanche pour obtenir le précieux sésame autorisant l’accès aux réjouissances. Ainsi, L’ESA annonce pour 2007 une participation comprise entre 3 000 et 4 000 personnes, ce qui est bien loin des 60 000 visiteurs qui avaient arpenté les allées du Convention Center durant l’E3 2006. Cette politique volontairement élitiste ne va pas sans faire grincer quelques dents du côté des éditeurs/développeurs les plus modestes, qui craignent de ne pas pouvoir être représentés cette année. On se dirige désormais vers davantage de contrôle et de sélectivité ; une tendance qui n’épargnera sans doute pas non plus la presse.

 

Une 1ère liste de participants, dévoilée le 23 avril dernier par l’ESA, semble confirmer cet état de faits, avec la présence de seulement 32 exposants : 1C Company, Activision, Akella, Atari, Atlus, Capcom, Codemasters, Crave Entertainment, Disney Interactive Studios, Eidos, Electronic Art, Foundation 9 Entertainment, Id Software, Konami, LucasArts, Logitech, Majesco, Microsoft, Midway, Namco Bandai Games, NCSoft, Nintendo, Nyko Technologies, Sega, Sony Computer Entertainment, Sony Online Entertainment, Square Enix, Take-Two Interactive, THQ, Ubisoft, Vivendi Games, et Warner Bros. Interactive Entertainment. Certes, tous les poids lourds de l’industrie prendront leur quartiers au sein du Barker Hangar, mais bien que cette liste soit susceptible d’être complétée par la suite, il semble clair que l’E3 2007 ne sera pas le salon qui verra l’émergence de nouvelles sociétés désireuses de faire entendre leur voix. Mais celui, pour reprendre une expression de Doug Lowenstein, de « ceux qui comptent ». Et seulement ceux-là.

 

En outre, on peut se poser la question de la légitimité d’un tel événement lorsqu’on se penche sur le calendrier des grands salons à venir. La Games Convention 2007 de Leipzig se tiendra en effet seulement un mois et demi plus tard, du 22 au 26 août. Ce show, qui avait attiré 183 000 visiteurs en 2006 et qui s’étalera cette année sur une superficie de plus de 115 000 m2 (+28%), précède lui-même le tout puissant TGS, qui ouvrira ses portes du 21 au 23 septembre. Certaines rumeurs laisseraient d’ailleurs entendre que Nintendo, dont la dernière participation remonte à 1996, pourrait faire acte de présence cette année. Une redistribution des cartes plus que bienvenue, à l’heure où le géant de Kyoto mène les débats sur le front des consoles new gen et portables. L’apparent affaiblissement de l’E3 semble d’ailleurs avoir favorisé l’émergence de salons alternatifs, comme ceux de la Games Convention Asia (du 7 au 9 septembre), ou de l’Austin Games Conference (5 au 7 septembre).

 

 

La nouvelle formule de l’E3 aura donc fort à prouver cette année, face à l’ambition grandissante du salon de Leipzig, et la bonne forme du TGS, qui demeure le salon privilégié des grands éditeurs nippons. On s’interroge encore sur l’importance que Sony, Nintendo et Microsoft comptent accorder à ces différents événements pour dévoiler aux yeux du monde entier un pan de leur stratégie future.

 

Mise à jour le Dimanche, 10 Février 2008 00:20